Pendant longtemps, la préparation physique s'est appuyée sur deux indicateurs : la charge soulevée (en kilos ou en pourcentage du 1RM) et la durée de la séance. Ces deux mesures donnent une photo partielle de ce que vit l'athlète. Elles ne disent rien de la fatigue accumulée, du stress de vie, du sommeil de la nuit précédente. C'est là que le RPE entre en jeu.

Cet article traite de la charge d'entraînement. Si tu cherches la définition du RPE série par série, lis C'est quoi le RPE, et pour la nuance avec le RIR, RIR vs RPE. La lecture détaillée de la monotonie, de la contrainte et de l'ACWR pour prévenir le surentraînement est dans Comment éviter le surentraînement.

Qu'est-ce que le RPE

Le RPE (Rating of Perceived Exertion) est une échelle d'effort ressenti développée par Gunnar Borg dans les années 1960, puis déclinée en échelle CR-10 (de 0 à 10) en 1982. Une version adaptée de la CR-10 sert de base à la méthode sRPE.

  • 1 à 3 : très facile à modéré. Échauffement, mobilité, récup active.
  • 4 à 6 : modéré à difficile. Endurance, conditioning à volume.
  • 7 à 8 : dur. Séance principale, fractionné, force lourde.
  • 9 : très dur. Compétition, test maximal.
  • 10 : effort maximal, athlète vidé. Rare.

La force du RPE est d'intégrer dans une seule valeur tout ce que les chiffres objectifs ne captent pas : sommeil, stress, hydratation, état émotionnel, fatigue résiduelle. Une charge à 80 % du 1RM peut être un RPE 7 un jour et un RPE 9 le lendemain. C'est le RPE qui dit ce qui se passe vraiment.

Du RPE à la charge d'entraînement : la méthode sRPE Foster

Au milieu des années 1990, Carl Foster propose une méthode qui change la donne : la sRPE (session RPE), validée en 2001 dans le Journal of Strength and Conditioning Research (« A new approach to monitoring exercise training »). Le principe est d'une simplicité radicale.

Environ trente minutes après la fin de la séance, l'athlète saisit deux choses : son RPE global (1 à 10) et la durée effective de la séance en minutes. La charge d'entraînement de la séance est le produit des deux.

Charge (AU) = RPE × durée (minutes)

AU pour arbitrary units. C'est arbitraire parce que ça ne correspond à aucune unité physique (joules, watts), mais c'est comparable d'une séance à l'autre et d'une semaine à l'autre pour un même athlète. Exemple : 60 minutes à RPE 7 = 420 AU. Une heure de mobilité à RPE 3 = 180 AU. Une grosse séance de force à RPE 9 pendant 75 minutes = 675 AU.

Pourquoi la sRPE s'est imposée

Trois raisons. D'abord, c'est validé scientifiquement. Foster et al. (2001), puis de nombreuses équipes, ont montré que la sRPE est bien corrélée aux méthodes de charge fondées sur la fréquence cardiaque, dans des sports variés.

Ensuite, c'est universel. Que l'athlète fasse de la course, de l'haltérophilie, du CrossFit®, du judo ou du foot, la sRPE se calcule de la même façon. La même mesure s'applique à toutes les disciplines.

Enfin, c'est gratuit et accessible. Pas besoin de capteur, de cardiofréquencemètre, de plateforme de force. Un athlète, une appli, deux saisies par séance.

Monotonie et contrainte : les indicateurs dérivés

Foster n'a pas seulement défini la charge par séance. Dans un article de 1998 (Medicine and Science in Sports and Exercise), il a aussi proposé deux indicateurs hebdomadaires liés au surentraînement : la monotonie et la contrainte.

La monotonie = charge moyenne hebdomadaire ÷ écart-type. Une semaine où toutes les séances font la même charge donne une monotonie élevée. Une semaine variée (un mix de séances dures et faciles) donne une monotonie basse. Une monotonie au-delà de 2,0 est le repère le plus cité. Chez Foster (1998), la plupart des maladies bénignes des athlètes suivis survenaient quand ils dépassaient leur propre seuil de charge, surtout de contrainte.

La contrainte = charge hebdomadaire totale × monotonie. C'est la fatigue cumulée. Les repères chiffrés les plus repris sont 4500 (vigilance) et 6000 (charge très élevée), même si Foster parlait de seuils propres à chaque athlète.

Concrètement, une semaine à 3000 AU répartie sur 6 séances variées (monotonie 1,2, contrainte 3600) est très différente d'une semaine à 3000 AU répartie sur 6 séances identiques (monotonie 2,3, contrainte 6900). Même charge brute, contrainte très différente.

ACWR : la couche au-dessus

En 2016, Tim Gabbett publie dans le British Journal of Sports Medicine une revue qui popularise l'ACWR (Acute:Chronic Workload Ratio), proposé deux ans plus tôt par Hulin et al. Le principe est de comparer la charge des 7 derniers jours à la charge moyenne des 28 derniers jours.

Gabbett décrit une zone cible entre 0,8 et 1,3. En dessous, sous-charge et désentraînement. Au-delà de 1,5, Hulin et al. (2014) avaient associé ces pics de charge à un risque de blessure plus élevé la semaine suivante chez des lanceurs de cricket. L'idée : une base chronique solide prépare l'athlète aux pics de charge. Ces seuils sont aujourd'hui discutés : Impellizzeri et al. (2020, International Journal of Sports Physiology and Performance) estiment que les propriétés statistiques du ratio en font un indicateur imprécis et qu'aucune preuve solide ne permet de l'utiliser pour prévenir les blessures. Sers-t'en comme d'un repère sur les variations brutales de charge, jamais comme d'un prédicteur.

Ce que ça change pour la programmation

Le RPE et la sRPE changent trois pratiques de coach.

La prescription en RPE plutôt qu'en pourcentage

Plutôt que "5 séries de 3 reps à 85 % du 1RM", tu peux prescrire "5 séries de 3 reps à RPE 8". L'athlète monte en charge jusqu'à trouver la série où il lui reste 2 reps en réserve, puis tient cette charge. S'il est fatigué, il sera à 140 kg. S'il est frais, à 150 kg. Le RPE absorbe la variabilité quotidienne.

Le pilotage par la charge hebdomadaire

Raisonner semaine par semaine plutôt que séance par séance change la question : ce n'est plus "quel WOD aujourd'hui ?" mais "quelle charge totale cette semaine, répartie comment ?". Cette logique est exactement celle que la sRPE permet de chiffrer.

Le deload programmé

Quand la contrainte hebdomadaire dépasse les seuils sur plusieurs semaines, ou quand l'ACWR sort de la zone optimale, c'est le signal pour insérer un deload. Un deload type : -40 à -50 % de volume, intensité gardée.

Les limites

Le RPE et la sRPE ne sont pas une solution magique. Trois limites à connaître.

D'abord, la qualité de saisie. Un athlète qui sous-estime ou surestime systématiquement son RPE produit une charge biaisée. La fiabilité vient avec la pratique : explique l'échelle et revois les premières saisies avec l'athlète.

Ensuite, l'effet du contexte. Une séance avec un partenaire motivant peut être perçue comme plus facile que la même séance seule. Le RPE est subjectif, c'est sa force et sa limite.

Enfin, la dépendance à la rigueur. Si l'athlète saute la saisie une séance sur deux, les agrégats hebdomadaires perdent en fiabilité. Le geste de saisie doit être ritualisé, comme se peser le matin.

Le rôle d'une plateforme moderne

Calculer la sRPE à la main est faisable. Calculer monotonie, contrainte et ACWR par athlète chaque semaine devient vite lourd dès que tu suis plusieurs athlètes. Une plateforme fait le calcul en arrière-plan à partir du RPE et de la durée saisis par l'athlète en fin de séance. Dans Unbrokn, tu retrouves pour chaque athlète un graphique de charge sur 12 semaines, la monotonie et la contrainte de la semaine, et l'ACWR avec des zones colorées. Les athlètes dont l'ACWR atteint 1,5 ou plus remontent dans la liste « Attention requise » de ta page Suivi.

Dans Unbrokn, l'athlète saisit son ressenti en fin de séance et tu retrouves sa charge dans son suivi : la charge d'entraînement dans le centre d'aide.

Questions fréquentes

Non, les deux sont complémentaires. Le pourcentage donne un cadre objectif, le RPE absorbe la variabilité quotidienne. Tu peux combiner les deux : "5 séries de 3 reps à 80-85 %, ne dépasse pas RPE 8".
Le protocole de Foster et al. (2001) recueille le RPE environ 30 minutes après la fin, pour que la note porte sur l'ensemble de la séance et pas sur le dernier effort. Une saisie dès la fin évite les oublis : choisis un moment et garde-le.
Tous les sports d'effort physique : musculation, CrossFit, course, vélo, natation, sports collectifs, sports de combat. Moins pertinente pour les sports techniques très courts (golf, tir).
Pas indispensable. La sRPE est corrélée aux méthodes fondées sur la fréquence cardiaque (Foster et al., 2001, et de nombreuses études depuis). Un capteur apporte un signal complémentaire, utile surtout pour le travail d'endurance.
Non. Il faut au moins 4 semaines de saisie régulière pour que la charge chronique soit représentative. Les premières semaines, l'ACWR sera bruitée. Ne t'y fie pas le premier mois après une inscription ou un retour de blessure.